Réforme des retraites : quelques points d’attention à l’adresse de nos députés

Introduction : il est urgent de ne pas bâcler cette réforme qui soulève bien des points de la vie des Français. C’est une réforme systémique qui  doit être envisagée comme telle, avec une étude d’impact large dans tous les domaines connexes, dans l’espace et dans le temps.

Un rapide regard sur le nombre de personnes ayant participé à la consultation nationale montre combien ce procédé est peu utilisé. Quelques centaines de participations et propositions par thème : c’est pour ainsi dire insignifiant. Cela doit poser question sur la validité de ces procédés « modernes » mais finalement peu efficaces.

Nous voudrions ici vous présenter les points d’attention, d’extrême vigilance, que nous avons soulevés à plusieurs reprises, tant sur le blog du syndicat Métallurgie des Yvelines que sur tweeter et dans la consultation qui a été clôturée hier :  veuillez pardonner sa longueur et prendre la peine de lire jusqu’au bout.

La personne âgée, acteur économique :

Pour que les personnes âgées restent des acteurs économiques, il leur faut un revenu stable et fiable.

Pour que la réforme ne fabrique pas un « papyboom » de pauvres, la retraite par répartition doit permettre une vie décente. Le seuil de pauvreté s’apprécie différemment dans les villes sous tension locative et dans les petites villes de province, ou les campagnes.

Des simulations doivent être présentées à la population, incluant le phénomène d’émiettement des carrières, qui se traduira au terme de la vie professionnelle, par une réduction drastique des pensions.

Pour que les personnes âgées puissent être autonomes, il leur faut des services publics de proximité; les tarifs des EHPAD doivent être réglementés. La réforme des retraites doit être évaluée de façon systémique avec les questions de santé publique, dépendance et isolement, logement.

La personne âgée, une personne humaine dans un tissu familial

Pour que les personnes âgées appauvries aient une vieillesse digne, il est indispensable que les familles de leurs descendance soient unies, c’est-à-dire non laminées par les injonctions économiques et sociétales du double salaire, double carrière, présentéisme et abandon des enfants (qui le leur rendront bien, leur vieillesse venue)

Les personnes âgées ont un rôle de grands-parents à jouer. Cela n’est possible que si elles sont disponibles et pas fatiguées en fin de journée. Cela n’est possible que si elles ont cessé une activité professionnelle soumise à de fortes contraintes de rendement. Il est donc nécessaire de construire des transitions professionnelles entre l’âge de 55 ans et l’âge de 65 ans, permettant à chacun de jouer son rôle dans la société. Après 70, il est beaucoup plus difficile de s’occuper de ses petits-enfants : la baisse de la mobilité, de l’audition, de l’équilibre et de la vue ne permettent pas aux personnes âgées de jouer ce rôle, et aux parents, de confier sereinement leurs enfants – voire petits-enfants –  à leurs grands-parents.

Si les retraites élevées peuvent contribuer à une certaine décroissance liée à la transition écologique, il faut envisager cette mesure dans le souci de la justice, notamment la justice familiale, en prenant en considération un quotient familial trans-générationnel (petits-enfants

Financiarisation des flux et de l’épargne : combat pour l’emploi

Il est inconcevable de diminuer les deux piliers de retraite par répartition, car cela provoquerait immédiatement (comme on le voit déjà) l’émergence d’une retraite par capitalisation individuelle que tout le monde ne peut pas se permettre, et qui serait préemptée par des fonds de pension et d’investissement hostiles, bien souvent, à notre industrie : il achètent, dépouillent, vendent à la découpe nos actifs, nos pépites, et donc nos emplois et ce qui reste de l’aménagement de notre territoire; Se battre pour la retraite par répartition, à flux court entre prélèvement et distribution, c’est se battre pour le maintien de l’emploi local en France.

Nous savons également que le risque financier et monétaire est actuellement très grand. Fonder un système de retraite sur ces outils financiers, même ISR, c’est faire prendre un risque considérable à beaucoup de gens qui n’ont pas les moyens intellectuels de piloter eux-mêmes leur épargne (et quand bien même….) et qui seraient pieds et poings liés aux mains de banques et d’ « Assurances » et d’un système fragile. Le caractère individuel de ce système contribuerait encore davantage à la perception de l’injustice et à la dislocation de la société. En cas d’effondrement boursier ou monétaire, on peut craindre la guerre civile.

La précarisation de la vieillesse et la multiplication des situations de fin de vie indécente, indignes, aboutira nécessairement à la promulgation d’une loi d’exception sur l’Euthanasie des vieilles personnes (on commencera par l’immédiate fin de vie, puis par les Diogènes, puis par les personnes en habitat insalubre, etc…) et un lobby puissant fera de cette loi un droit pour tous de mourir dans la « dignité ». Le processus est évident.

Nos recommandations, en résumé : Le Gouvernement a déjà pris en compte certaines revendications de la CFTC concernant les familles, la Réversion et la stabilité du point de retraite. Que doit faire le législateur?

  • Consolider les familles,
  • renforcer les liens entre parents et enfants,
  • permettre que ce lien soit fort, notamment en promouvant le travail parental comme élément intrinsèque de la vie professionnelle et sociale ;
  • piloter une certaine décroissance à visée écologique (consommer moins, prendre plus de temps pour les autres) dans la garantie de la stabilité, et de la JUSTICE : le système par points doit impérativement ne pas être une variable d’ajustement du budget de l’Etat;
  • contrôler et garantir le coût et l’efficacité des services liés au grand âge.
  • Garantir un revenu minimum décent issu des deux piliers de répartition (CNAV et AGIRC-ARRCO).
  • Conjuguer les impacts de la loi réformant l’assurance chômage et le projet de retraite tel que présenté par le rapport Delevoye. Le double effet risque d’être désastreux : des simulations non partisanes, scientifiques, doivent être présentées pour éviter l’explosion de notre pays à cause de ce projet de réformes.

Le Congrès Confédéral des 100 ans de la CFTC a de nouveau insisté sur la place du Travail, qui doit être prédominante sur celle du capital. La retraite par répartition manifeste cette place du travail. La retraite par capitalisation qui deviendrait un complément nécessaire ferait une part trop belle au capital ; par ailleurs, les revenus du capital et tous les dispositifs de ristournes fiscales qui ne profitent qu’à la restauration des marges et non à l’investissement technique et à l’emploi sont perçus comme très injustes face aux efforts (retraites, ASSEDIC) demandés aux citoyens modestes, salariés précaires ou travailleurs indépendants.

Il est donc urgent de ne pas bâcler cette réforme qui soulève bien des points de la vie des Français. C’est une réforme systémique qui  doit être envisagée comme telle, avec une étude d’impact large dans tous les domaines connexes, dans l’espace et dans le temps.

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