Protéger les biens des travailleurs

Protéger les biens matériels et immatériels des travailleurs, c’est le rôle d’un syndicat. Or, l’article ci-dessous tend à montrer que les risques systémiques sont énormes sur tout le patrimoine financiarisé (Epargne salariale notamment). Cet article est constitué de notes prises au cours d’une conférence de Monsieur De Larosière, ancien directeur du FMI et de la Banque de France. La situation est assez terrifiante pour que la CFTC, en reprenant les conseils de ré-enracinement de Simone Weil, suggère aux salariés, s’ils le peuvent, de sortir de l’épargne spéculative pour investir dans des participations stables (solidaires, I.S.R.) ou mieux : dans du foncier bâti ou non bâti qui ne vaut plus grand chose dans certains territoires oubliés de la France.

Au moins, de tels biens matériels, tangibles, déjà très dépréciés, sont-ils robustes en valeur, certains en possession et nourriciers, en cas de grosse catastrophe.

En savoir plus : ci-dessous !

Le risque systémique de l’endettement. Jacques de Larosière.

L’endettement de la France est passé en quelques années de 30% du PIB à 100% du PIB : situation extrêmement fragile. D’autres sources de fragilité existent, notamment les bulles actuelles.

Rappel : la crise des subprimes : à la fin des années 90, le marché du logement aux Etats Unis était saturé : peu de construction. Au lieu d’accepter un plafonnement du marché et une décroissance possible et modérée, proportionnée à la démographie, le gouvernement a voulu étendre la propriété du logement à des classes sociales précaires, locatives, sans possibilité d’être propriétaire, pour maintenir l’activité. Les progrès techniques et mathématique de la finance ont permis de penser que cette classe modeste aux revenus incertains pourrait accéder à la propriété. Au lieu de faire des programmes d’allocation budgétaire en baissant les taux d’emprunt (les US n’aiment pas subventionner les ménages), l’administration a dit aux banques : « prêtez-leur quand même et titrisez la dette ». Le mécanisme est : le prêteur se paie sur la prévision de croissance du prix de l’immobilier qui permettra à la personne endettée de faire un crédit supérieur (pour rembourser) gagé sur la nouvelle valeur du bien, plus élevée.

Cela démontre une immoralité dans la gestion de la banque : on est prêt à prendre des risques de non-remboursement parce qu’on s’imagine (on spécule) que le futur permettra rembourser la dette du passé. La titrisation a permis de sortir les déficits des bilans en en faisant des produits financiers, donc des actifs notés par les agences : triple A –première qualité – pour les paquets de titres de sub-primes : c’était une falsification qui a été voulue parce que les agences de notation étaient payées pour cette activité de notation des titrisation. Ces agences étaient dans un conflit d’intérêt entre « dire la vérité au marché qui ne paie pas » et « être payé par la banque qui est le client de l’agence et qui paie ».

Les géants de fonds de SICAV françaises et ailleurs se fondaient sur ces Agences et se sont réveillés un jour en comprenant que leurs SICAV valaient beaucoup moins que la valeur affichées. La BNP a dit la vérité la première. Propagation aux marchés mondiaux. Le colosse qu’est la finance est très fragile et nous gouverne. Difficile de rembourser les dettes avec des actifs pourris, et l’économie ralentissait : des banques ont frôlé la catastrophe. Les pouvoirs publics ont eu très peur de l’arrêt du système, avec le spectre de 1929. Une banque anglaise moyenne a fait faillite, ne pouvant plus se refinancer à bon compte. Les clients ont fait la queue devant les guichets pour récupérer leurs avoirs. Le gouvernement britannique et tous les autres à leur suite, ont décidé que les pouvoirs publics garantissaient intégralement les dépôts privés. Un grand nombre de banques auraient pu faire faillite de même. Les banques centrales ont refinancé en dernier ressort (planche à billets) sur ordre des gouvernements.

Moralement, ce qui est gênant, c’est que les banques ont toujours su subodorer, estimer, qu’en cas de crise fatale, ce serait trop grave de laisser les banques tomber et comptaient sur les gouvernements. Elles en étaient convaincues que cette garantie implicite des pouvoirs publics allait les sauver. Cela leur a permis d’être irresponsables. Elles bénéficiaient d’une garantie morale (immorale) non contractuelle… et gratuite ! Les banques n’ont pas payé pour cette garantie. Qui l’a payée ? Les contribuables et les épargnants.

Depuis, le secteur bancaire s’est assaini dans ses fonctions, et les banques sont plus solides par elles-mêmes (Bayling in, qui a provoqué dans les petites banques italiennes, la perte de l’épargne des petites gens en Italie…).

En 2019, vit-on de façon plus saine dans un meilleur système ? Les banques ont doublé leurs fonds propres. Les coussins de liquidité ont augmenté. Les banques font moins d’opérations spéculatives. L’endettement a globalement augmenté de 50% depuis 2009 : il ne s’est pas assaini. Le shadow banking prospère (ces banques non officielles ne sont pas soumises aux règlements sains et constituent un danger systémique). La moralité profonde des banques n’a pas changé, mais le champ de contraintes est légèrement plus resserré. Nous sommes dans un monde d’argent. Ce qui est choquant, c’est que lorsqu’on regarde l’ampleur des désastres financiers, économiques, familiaux et personnels, on s’aperçoit que les responsables n’ont pas été poursuivis en justice : responsables mais pas coupables, car ils étaient dans le droit juridiquement.

Le système n‘est pas réformable par le politique parce que le politique est le premier bénéficiaire d’un système qui, avec ses taux négatifs, résout le problème de la dette d’Etat. Si la BCE dit de pareilles inepties (injecter des liquidités à taux nul), c’est parce qu’elle veut faire baisser les taux pour faciliter la solution des problèmes de finances publiques. (La dette publique est monétarisée : c’est une autre forme de titrisation). La BCE détient le tiers des dettes publiques des pays européens. Avant, c’étaient les petits épargnants qui achetaient des emprunts d’Etat. Aujourd’hui, il n’y a plus la place pour eux. Le risque est plus grand, plus systémique, moins réparti.

LE 15 aout 1971, fin de Bretton Woods : financement par la dette illimité, sans restriction de convertibilité or (dollar) et sans limites des taux de change (1% par rapport au dollar). La police monétaire du FMI était stricte et vertueuse. Ce système nous a valu les 30 glorieuses ; il y a été mis fin pour financer l’impopulaire guerre du Vietnam sans avoir recours à l’impôt.

La doxa du jour est d’avoir des taux d’intérêts nuls voire négatifs, pour permettre le max d’investissements. Mais cela ne marche pas. Et en plus (est-ce lié ?), il faut des taux d’intérêts minimums pour recapitaliser un capital qui naturellement s’érode si il est assis sur des choses matérielles (vieillissement de l’outil de production, travail d’entretien….). Keynes a défini un taux d’intérêt minimum pour cela : 2% environ. Sous un certain seuil, appelé efficacité marginale du capital, vous détruisez la confiance et le dynamisme des affaires. Un taux négatif sur un placement (une épargne), c’est une taxe, voulue par les gouvernements et par la profession financière parce qu’on n’arrive plus à taxer l’épargne par l’inflation, qui permettait de rembourser des emprunts avec de l’argent déprécié ; c’était un vol de l’épargnant. Il faut bien le voler autrement….

Célèbre précédent sous le 1er consul Bonaparte : le tiers consolidé (et les 2/3 perdus). Création du franc Germinal.

Malgré la création monétaire débridée (et des monnaies alternatives internet), l’inflation ne repart pas, ce qui crée une bulle gigantesque. Risque de prolifération de monnaies hors sol prétendant sortir du système. La dette spéculative est égale à 8 fois le PIB mondial : le monde entier est en cessation de paiement et dans un mensonge effarant.

Question : Les données seront l’or de demain, plus puissant que le pétrole, que l’or.

Réponse : Les monnaies internet sont fondées sur les données, qui peuvent disparaitre (panne géante d’ordinateur) ou dont la valeur peut se réduire (IA algorithmique auto-apprenante moins consommatrice de données que l’I.A. computationnelle). La finance a bouffé la politique ; les GAFA boufferont la politique. Les GAFA financent les LGBT, ils ont pris un rôle politique. L’or a une caractéristique : il ne se corrompt pas. Il est plus fort que les données.

Pour que la politique reprenne le pouvoir, il faudrait que les Etats assainissent leurs finances pour sortir de la dépendance vis-à-vis des financiers. Mais le coût social serait exorbitant, avec le risque démocratique que l’on sait.

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